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Le service militaire forcé en Erythrée porte préjudice à l'éducation des jeunes, selon Human Rights Watch

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Nairobi, Kenya, 9 août (Infosplusgabon)  - L'Erythrée utilise le système d'enseignement secondaire pour aiguiller les élèves vers un service militaire à durée indéterminée et procéder à la conscription d'enseignants, tout en soumettant parfois les élèves et les professeurs à du travail forcé et à des sévices physiques, a dénoncé Human Rights Watch dans un rapport publié jeudi.

 

Ce rapport de 84 pages, intitulé "They are making us into sales, not educating us': How indefinite conscription restricts young people's rights, access to education in Eritrea" ("Ils nous mettent en esclavage: Comment la conscription à durée indéterminée restreint les droits des jeunes et leur accès à l'éducation en Erythrée"), documente comment le gouvernement érythréen achemine de force chaque année des milliers de jeunes, dont certains sont encore des enfants, vers un entraînement militaire, même avant la fin de leur scolarité.

 

Et au lieu de développer un réservoir de professeurs du secondaire dévoués à leur carrière et bien formés, le gouvernement soumet les enseignants à la conscription, également pour un service à durée indéterminée, ne leur laissant aucune possibilité de choisir s'ils veulent être professeurs, ni la matière qu'ils souhaitent enseigner et où, selon l'ONG qui estimé que ces politiques ont un impact dévastateur sur l'éducation et conduit de nombreux jeunes à fuir le pays.

 

"Les écoles secondaires de l'Erythrée sont au coeur de son système répressif de contrôle de la population", a déclaré Laetitia Bader, chercheuse senior auprès de la division Afrique à Human Rights Watch. "Maintenant que la paix est rétablie avec l'Ethiopie, il faut que s'ensuivent des réformes dans le domaine des droits humains, à commencer par les droits et libertés de la jeunesse du pays", a-t-elle ajouté.

 

Selon HRW, l'avenir de l'éducation en Erythrée n'a pas toujours été aussi sombre. Le gouvernement post-indépendance soutenait une éducation gratuite pour tous, y compris aux niveaux secondaire et post-secondaire.

 

Mais le sanglant conflit frontalier avec l'Ethiopie, qui a éclaté en 1998 et a duré deux ans, ainsi que le statut quo qui s'en est suivi, ont eu un impact dévastateur sur le système d'enseignement secondaire.

 

Le gouvernement a utilisé la situation de "ni guerre, ni paix" pour forcer un pourcentage important de la population adulte à s'engager au service du gouvernement pour une durée indéterminée - que ce soit dans un rôle militaire ou civil.

 

HRW a mené des entretiens avec 73 élèves et professeurs du secondaire qui ont fréquenté des écoles secondaires ou y ont été enrôlés de force en Erythrée entre 2014 et fin 2018 et qui vivent désormais en exil au Soudan, en Ethiopie, en Italie ou en Suisse, ainsi que 18 experts erythréens et internationaux, afin d'examiner la nature abusive du service national et son impact sur l'accès des jeunes à l'enseignement secondaire.

 

Bien que le gouvernement ait mis en place certaines réformes de l'éducation, essentiellement dans l'enseignement élémentaire et dans la formation professionnelle, il a refusé de démanteler le système répressif qui restreint les droits des élèves et leur accès à une éducation de qualité, a constaté Human Rights Watch.

 

Chaque année, le gouvernement envoie tous les élèves de dernière année du cycle d'études secondaire au camp militaire de Sawa, situé dans une zone isolée.

 

Des responsables militaires contrôlent et gèrent le camp de Sawa et soumettent les élèves à une discipline militaire, à de mauvais traitements et à des châtiments corporels pour des infractions mineures, ainsi qu'à du travail forcé.

 

Un jeune homme qui était à Sawa en 2015 a ainsi résumé son expérience:  "Quand vous allez à Sawa, vous  êtes censé obéir aux ordres et ne pas penser par vous-même. Je ne voyais aucun avenir pour moi là-bas. J'ai perdu tout espoir".

 

D'après HRW, certains élèves du secondaire s'arrangent pour redoubler, afin de retarder leur arrivée en classe terminale.  D'autres abandonnent ce cycle d'études mais vivent constamment dans la crainte des coups de filet gouvernementaux, dans lesquels les jeunes hommes qui ne sont pas munis d'une carte d'étudiant risquent d'être envoyés directement à l'entraînement et au service militaire.

 

"Cest un service militaire à durée illimitée", a déclaré un professeur de 25 ans qui a été affecté comme enseignant à Sawa, avant de s'enfuir en 2018. "Si vous êtes désigné d'office pour enseigner la Physique, vous serez professeur de Physique pour le restant de votre vie", a-t-il déploré.

 

Dans de nombreux cas, l'enseignement dans les écoles secondaires est de piètre qualité car le corps enseignant est dans une large mesure absent ou démotivé, de nombreux professeurs s'enfuyant à l'étranger, a constaté Huma Rughts Watch. Parfois, les élèves sont sans aucun professeur pendant des semaines.

 

Pour HRW, le gouvernement érythréen devrait faire en sorte que les réformes actuelles de l'Education comprennent des mesures concrètes visant à démanteler ce système répressif.

 

Il devrait mettre fin à la formation militaire obligatoire pour les élèves des écoles secondaires, s'assurer qu'aucun citoyen de moins de 18 ans ne puisse être enrôlé de force et faire en sorte que les postes de professeur soient occupés par des personnes qualifiées qui ont choisi d'être enseignants.

 

Les partenaires internationaux et régionaux de l'Erythrée devraient insister auprès de son gouvernement pour qu'il engage des réformes en faveur des droits humains, a affirmé HRW.

 

Ils devraient préconiser des mesures concrètes pour limiter la durée du service national, permettre aux élèves des écoles secondaires de choisir où ils suivent les cours en classe terminale, délier l'enseignement secondaire du service militaire obligatoire et créer un corps de professeurs bien formés et motivés qui ont librement choisi de devenir enseignants.

 

"Mettre fin à un service national abusif et à durée illimitée, contrôler les militaires responsables d'abus et permettre aux élèves de déterminer eux-mêmes leur avenir, sera essentiel pour les perspectives de développement de l'Erythrée", a affirmé Laetitia Bader. "Quand les gens verront qu'ils peuvent avoir un bel avenir en Erythrée, ils seront moins susceptibles de vouloir s'enfuir", a-t-elle poursuivi.

 

 

FIN/INFOSPLUSGABON/AZR/GABON2019

 

 

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