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Redistribution des cartes en Libye après les revers militaires successifs subis par Haftar

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Tripoli, Libye, 21 mai (Infosplusgabon)- La scène politique en Libye s'oriente vers une redistribution des cartes sur l'échiquier politique et militaire, après les revers militaires successifs subis ces derniers jours par l'armée nationale libyenne dirigée par le maréchal Khalifa Haftar, le mettant dans une position de faiblesse en prélude aux éventuels pourparlers sur la recherche d'une solution à la double crise qui secoue le pays dans le cadre d'arrangements au niveau d'acteurs internationaux majeurs impliqués dans les affaires libyennes.

 

 

 

Dernier acte en date sur le plan du développement des opérations militaires sur le terrain, la perte ce jeudi par les partisans de Haftar de la ville de d'Al-Assaba, adjacente à la ville de Ghariane (80 km sud-est de Tripoli), reprise par les forces du gouvernement d'union nationale qui ont pris le contrôle aussi de la région de Jendouba.

 

Ce nouveau revers réduit davantage la présence des forces de Haftar dans la région de l'Ouest du pays qui ne compte plus que le dernier bastion représenté par la ville de Tarhouna (130 km sud de Tripoli) encerclée par les forces gouvernementales et qui pourrait tomber à la faveur d'une offensive majeure.

 

Mardi le porte-parole de l'armée de Haftar, le général Ahmed al-Mesmari, a annoncé un repli de 2 à 3 km sur les fronts de combats à la périphérie de Tripoli, justifiant cette mesure "volontaire" par le souci de permettre aux habitants de Tripoli, de passer la fête de l'Aïd El Fitr dans de bonnes conditions en favorisant les échanges de visites entre familles conformément aux traditions.

 

Pour Slah Ahmed  al-Fitouri, analyste politique libyen,  "ce prétexte avancé ne tient pas la route parce que les troupes de Haftar ont toujours violé les trêves et pauses humanitaires en bombardant systématiquement les quartiers résidentiels, faisant des victimes et des blessés parmi les civils".

 

Il a rappelé que "même au moment de la propagation de la pandémie du virus corona, les forces de Haftar ont continué à bombarder les maisons, hôpitaux et aéroports, de l'avis même de la Mission d'Appui des Nations  unies en Libye (MANUL)".

 

M. al-Fitouri a souligné qu'"en réalité ce repli est concédé à contre cœur par les partisans de Haftar en raison de la pression militaire exercée par l'armée libyenne fidèle au gouvernement d'union et les forces de soutien qui ont été revigorée par la prise de la base aérienne d'al-Wattiya (sud-ouest) , une installation stratégique dans le dispositif de l'offensive militaire contre Tripoli".

 

Cette déconfiture militaire a eu des répercussions sur les alliances avec Haftar avec la proclamation de leur scission par des groupes armés partisans de l'ancien régime de Kadhafi qui ont annoncé se séparer du commandement de l'armée nationale libyenne lui reprochant ses concessions et ses abandons de positions.

 

Ils ont critiqué le leadership de Haftar qui ne s'est jamais rendu sur les fronts de combat à Tripoli au cours des 15 mois d'affrontements, dénonçant un commandement virtuel qui abdique aux pressions des puissances étrangères.

 

Sur le plan militaire le soutien militaire apporté par la Turquie aux forces du gouvernement d'union nationale lui a donné  la supériorité dans la maîtrise aérienne, un avantage qui lui a permis de faire la différence lors des affrontements armés autour de la base aérienne qui a été soumise à un bombardement intensif avant l'offensive des troupes au sol qui ont trouvé le train entièrement balisé pour leur entrée et la prise de contrôle du site.

 

Ahmed al-Hassi , cadre dans une administration publique à Tripoli  a souligné que "ces revers ont eu des répercussions politiques aussi pour Haftar qui a vu pour la première fois des tribus qui lui sont alliés prendre des positions contredisant ses instructions".

 

M. al-Hassi a ajouté que "lors de l'annonce par Haftar mandat qu'il affirmé avoir reçu du peuple pour diriger le pays et au cours de laquelle, il a fait part de l'abandon de l'accord politique libyen en réponse à l'initiative faite auparavant par le président de la Chambre des représentants (Parlement), Aguila Saleh, d'une réforme du Conseil présidentiel, des tribus ont rejeté la dissolution du Parlement qu'ils ont considéré comme source de légitimé".

 

"Un désaveu qui a poussé des tribus à songer à retirer leurs fils qui combattent dans l'Ouest du pays dans les rangs de l'armée de Haftar dans  l'offensive contre Tripoli et la région ouest", a-t-il rappelé.

 

Cette situation a amené certaines composantes du camp du gouvernement d'union nationale à soutenir la position consistant à surfer sur cette vague de succès militaire pour défaire définitivement Haftar et l'exclure d'éventuels pourparlers politique en Libye.

 

Mais c'est compter sans les alliances étrangères nouées avec les puissances mondiales et régionales par les belligérants libyens  et qui donnent une dimension internationale à la crise libyenne à cause des ingérences extérieures qui ont transformé le conflit en Libye en une guerre par procuration.

 

Comme l'a affirmé l'ancien ministre de l'information de l'ex-Conseil de transition (CNT), Mahmud Shammam, en prédisant l'essor dans les prochains jours du rôle de la Russie pour apporter un équilibre politique en faveur de Haftar, car Moscou est revenue en force en Libye malgré les critiques acerbes de Washington pour son ingérence via les mercenaires du Groupe Wagner.

 

Dans un post sur sa page Facebook M. Shammam a écrit "hier, nous avons parlé du rôle de la Russie dans la recherche d'un équilibre avec le rôle de la Turquie, ce à quoi la plupart des rapports internationaux et les tweets d'experts en ont parlé d'aujourd'hui. Dans les commentaires d'hier sur mon message, certains n'ont pas accepté cette conclusion, bien que j'ai clairement indiqué que le rôle russe se fera par la porte syrienne, il poussera à la réactivation du rôle russe et à son escalade sur le terrain comme monnaie d'échange avec les Turcs, comme cela s'est produit en Syrie".

 

Il a rappelé  que "nous avons parlé hier militairement non seulement de l'arrivée d'avions russes, mais de la menace de les utiliser, ce qui explique la rapidité du recours du président français à la Maison Blanche pour stopper l'escalade qui minimise le rôle français et cantonne l'affaire principalement à un conflit bilatéral majeur entre la Turquie et la Russie. Trump plongé dans des problèmes internes, a partagé l'avertissement de Macron, et l'avertissement est parvenu aux Turcs et aux Russes, qui se sont précipités pour se calmer".

 

En effet au lendemain de cet entretien téléphonique entre Trump et Macron, les ministres russe et turc des Affaires étrangères , respectivement Serguei Lavrov et Mevlut Cavusoglu, ont eu conversation téléphonique au cours de laquelle ils ont appelé à la reprise du processus et à l'arrêt des hostilités en Libye.

 

Pour M. Shammam "ce qui s'est passé lors de l'appel téléphonique entre les ministres des Affaires étrangères des deux parties n'est pas connu mais peut être déduit comme suit: arrêter les affrontements militaires et identifier les lignes d'armistice qui pourraient être fixée à Tarhouna, mettre un terme aux ambitions du maréchal Haftar d’entrer à Tripoli ou, comme l’a dit un observateur, +le souci de Moscou ne sera pas d’aider Haftar à atteindre Tripoli, mais son arrivée à la table des négociations+. Ce qui est demandé c'est un effort international nécessaire pour trouver des moyens de combler le fossé entre les parties (libyennes)".

 

La Maison Blanche a déclaré que le président américain, Donald Trump, et son homologue français, Emmanuel Macron, ont discuté des préoccupations concernant "l'augmentation de l'ingérence étrangère" en Libye et "convenu de la nécessité urgente de mettre fin à l'escalade".

 

En février le président américain a averti que la poursuite de l'ingérence étrangère en Libye aggravera la situation et a souligné lors d'un entretien téléphonique à son homologue turc, Recep Erdogan, que "la poursuite de l'intervention étrangère en Libye ne fera qu'envenimer la situation".

 

Pour leur part, le ministre russe des Affaires étrangères, Sergueï Lavrov, et son homologue turc, Mevlut Cavusoglu, ont souligné l'importance "d'une cessation immédiate des hostilités en Libye, exhortant à reprendre le processus politique sous les auspices des Nations Unies avec la participation nécessaire des parties libyennes; dans le but de régler la crise sur la base des résultats de la Conférence de Berlin, qui ont été approuvés par le Conseil de sécurité des Nations Unies.

 

Ainsi, après toute cette escalade militaire et à la lumière des développements sur le terrain, les choses s'orientent vers la reprise des pourparlers politique entre acteurs de la crise en Libye afin de trouver une issue négociée.

 

Haftar qui a toujours argué de l'option militaire comme solution à la crise a temporisé son ardeur après ces revers successifs, ont souligné les observateurs qui ajoutent qu'il ne laissera pas passer la nouée de sauvetage que lui tend la Russie pour revenir sur la scène politique après l'échec de sa manœuvre politique via l'annonce de mandat populaire présumé qu'il a reçu.

 

La Représentante spéciale par intérim du Secrétaire général de l'ONU Stephanie Williams a laissé entendre lors de son dernier briefing devant le Conseil de sécurité que le dialogue pourrait reprendre, sollicitant le soutien des pays membres.

 

Selon elle, le processus des pourparlers pourrait reprendre au niveau du volet militaire sur la base du projet de l'accord de cessez-le-feu distribué aux membres de la Commission de dialogue militaire 5+5 le 23 avril à Genève.

 

La responsable onusienne a annoncé avoir déjà reçu la réponse du camp du gouvernement d'union nationale sur les propositions de l'accord et attend celle de Haftar pour engager des rencontres qui pourront, cette fois-ci aboutir à des progrès et des résultats tangibles  étant donné que les belligérants seront plus réalistes dans le contexte des changements sur le terrain.

 

Les rencontres inter-libyens pourront survenir plus rapidement avec la proche nomination d'un nouvel émissaire de l'ONU en Libye,  en la personne de la diplomate ghanéenne, Hanna Tetteh , dont le choix a fait l'unanimité des membres du Conseil de sécurité.

 

 

FIN/ INFOSPLUSGABON/AZS/GABON2020

 

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