Au Cap, à travers les grilles de la salle municipale de Nyanga, dans laquelle s’entassent environ 300 personnes, John, montre du doigt sa maison, de l’autre côté de la rue. "J’ai bien trop peur pour mettre un pied là-bas. Je pense que les violences vont continuer. Ils savent où nous trouver maintenant", déclare, résigné, ce ressortissant de la République Démocratique du Congo.
"Aujourd’hui, l’Afrique du Sud ne veut plus des étrangers", lance Samuel, un Mozambicain assis par terre quelques mètres plus loin avec sa femme et sa petite fille.
Après deux semaines d’attaques xénophobes à Johannesburg, la région du Cap, seconde ville du pays, a été à son tour gagnée par la violence. Dans la nuit du jeudi au vendredi 23 mai, une réunion publique sur la xénophobie a dégénéré en scènes de pillage au coeur du bidonville de Dunoon, près du Cap.
L’agression mortelle d’un Somalien a ensuite provoqué la panique, poussant des milliers d’étrangers à fuir leurs quartiers. "Depuis quelques semaines, on sentait que ça allait arriver ici ; beaucoup de gens avaient reçu des lettres de menace. Alors, dès qu’ils ont commencé à piller et à brûler des magasins, on est parti", raconte John.
De leur côté, les autorités locales avaient anticipé comme elles pouvaient la crise. La ville du Cap et la Région, assistées par des ONG dont Médecins sans frontières (MSF), avaient mis en place dès jeudi dernier un plan de prévention et de gestion des catastrophes.
Une cinquantaine de centres d’accueil ont été ouverts dans des gymnases, des églises ou des mosquées, et l’aide humanitaire, notamment alimentaire, s’est organisée grâce à un immense élan de générosité de la part de la population y compris des pauvres qui donnent dans la mesure de leurs moyens.
Confiance brisée
Ces solutions temporaires risquent de durer, malgré les déclarations rassurantes de différents membres du gouvernement et de l’ANC selon lesquelles les déplacés pourraient rentrer rapidement dans leurs quartiers. Une option que la plupart d’entre eux rejettent pour le moment catégoriquement.
À l’image de Fatima, une vendeuse de vêtements somalienne, dont le magasin a été pillé : "Ils ont brisé ma confiance et mon cœur !", lâche-t-elle, au bord des larmes. "Nous n’avons plus confiance dans le gouvernement sud-africain", renchérit Ali, leader de la communauté somalienne dans un quartier de la ville. "Nous faisons maintenant appel à la communauté internationale et à l’ONU pour trouver une solution". Rentrer en Somalie, où la guerre civile fait rage, paraît tout aussi inconcevable.
Les membres de la communauté zimbabwéenne se trouvent dans la même impasse. "Ici, nous nous faisons brûler vifs, mais de l’autre côté, Mugabe nous jettera en prison", déclare un déplacé zimbabwéen rencontré dans le camp de Soetwater à proximité du Cap où 1 500 personnes s’entassent sous des tentes. Soetwater est l’un des quatre grands centres mis en place par la Région et la Mairie pour centraliser tous les déplacés et tenter de contrôler ce qui pourrait se transformer en crise humanitaire.
Réintégration incertaine
Pour Gilles Van Cutsem de MSF, ces camps ne sont cependant pas une solution adéquate. "Si on les centralise, alors, ils deviennent vraiment des réfugiés et l’on aura plus aucune chance de les réintégrer dans leur quartier." Une position partagée par Braam Hannekom du PASSOP, une association d’aide aux réfugiés zimbabwéens : "Il faut qu’ils parviennent à rentrer dans leurs quartiers et à s’y faire respecter. Mais cela ne doit bien sûr pas se faire au péril de leur vie."
La maire du Cap, Helen Zille, a quant à elle proposé de déployer l’armée pour faire régner l’ordre afin que les déplacés rentrent chez eux. Une mesure qui, si elle était mise en place, ne suffirait pas à effacer la peur et à rétablir la confiance brisée.
Quelques lueurs d’espoir et de solidarité apparaissent cependant dans cette crise. Dans certaines parties de Khayelitsha, la communauté s’est par exemple organisée pour protéger les étrangers toujours présents dans le township et leurs biens. Une manière de leur montrer assurant ainsi qu’ils sont aussi chez eux en Afrique du Sud.
FIN/IPG/PLK/2008
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