Ils s’en prennent au passage aux multiples acteurs politiques et de la société civile, tant ACP qu’européens, qui critiquent depuis de longs mois les approches de la Commission en la matière.
Parlementaires, mouvements paysans africains, ONG... n’ont eu de cesse de souligner que, dans leur forme actuelle, les APE ne peuvent être un outil de développement. Bien au contraire !
Dans leur plaidoyer, les Commissaires oublient un élément important : conjuguant les forces de l’Europe et des ACP, ils auraient pu, depuis longtemps, obtenir de l’Organisation Mondiale du Commerce soit la prolongation du régime commercial actuel, soit la mise en place d’alternatives aux APE, laissant aux pays concernés le temps de renforcer leurs économies et l’intégration de leurs régions avant d’envisager de nouvelles ouvertures au commerce mondial.
Mais la Commission s’y est refusée et a beau jeu de dire aujourd’hui que les délais sont échus et que l’autorisation de l’OMC lui permettant de favoriser les ACP prenant fin dans quelques semaines, il n’est d’autre voie que celle des APE.
Cette attitude intransigeante s’est encore manifestée récemment par un refus sec opposé aux pays d’Afrique de l’Ouest qui souhaitaient deux années supplémentaires pour se retourner.
Il est donc pour le moins surprenant de prétendre les APE inéluctables alors qu’on s’est toujours refusé à envisager d’autres pistes possibles.
Contrairement à ce qu’affirment les Commissaires, de fortes pressions se sont exercées sur les négociateurs ACP pour qu’ils acceptent de signer de tels Accords. Nous en avons eu l’écho régulièrement.
Elles ont pris la forme de menaces : celles de rétablir les droits de douane sur diverses productions ACP (ce qui devient inévitable si, au minimum, la prolongation du régime n’est pas acquise), celles de conditionner des parts du Fonds Européen de Développement, cet instrument de coopération destiné à soutenir le développement des pays ACP.
Mais ces pressions ont aussi été assorties de promesses concernant des aides supplémentaires. Les montants promis apparaissent néanmoins bien limités.
Et la société civile s’inquiète de voir l’argent de la coopération utilisé pour adoucir les dégâts que les APE risquent de causer au tissu social et économique de pays bien mal préparés à affronter l’ouverture de leurs frontières à un commerce inégal avec l’Europe.
Les Accords que veut la Commission promeuvent un modèle tourné vers l’exportation, rendant les pays ACP encore plus vulnérables aux chocs extérieurs. Et alors que les processus d’intégration régionale qui devraient leur permettre de mieux affronter ces défis restent embryonnaires.
Les Commissaires vantent les APE car ils ouvriront le marché européen aux productions ACP. Ils oublient de souligner que c’est déjà le cas, depuis 2001, pour les 39 pays les moins avancés (PMA), essentiellement africains, sans que ceux-ci n’aient réellement pu en profiter faute de production suffisante.
Dès lors, le principal résultat des APE pour ces pays les plus pauvres sera, pour la première fois de leur histoire, l’obligation d’ouvrir leurs marchés dans le cadre d’un accord de libéralisation réciproque. Il n’est donc pas étonnant que la méfiance règne, et bien au-delà de la société civile.
Devant ces réticences, la Commission presse maintenant les 6 régions ACP de signer des Accords intérimaires qui ne porteraient pour l’instant que sur le commerce des marchandises.
Mais même à ce niveau, ACP et Européens ne jouent pas dans la même division, surtout dans le domaine agricole. Les exportations de l’Europe vers l’Afrique de l’Ouest par exemple ont augmenté de 84 % au cours de ces 15 dernières années.
Cette croissance a profité essentiellement à l’industrie agroalimentaire. Cette tendance a conduit les pays pauvres et très endettés à consacrer jusqu’à 57 % de leurs revenus à l’importation de denrées alimentaires qui pourraient être produites localement.
Un accord de libre échange réciproque aggravera cette situation, tout en limitant la capacité des gouvernements à protéger l’agriculture.
FIN/IPG/MPK/2007
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